Le coût caché des modèles de lettres « gratuits »
Un modèle de lettre gratuit se paie rarement en argent. Il se paie souvent en coordonnées transmises à des partenaires, ou en abonnement proposé juste avant le clic final.
Un site qui propose un modèle de lettre « gratuit » n’affiche presque jamais de prix. Cela ne veut pas dire que la lettre ne coûte rien : le modèle économique de ces sites repose, le plus souvent, sur ce que la personne donne en échange plutôt que sur ce qu’elle paie.
Ce mécanisme se retrouve, sous des formes voisines, sur des milliers de sites différents. Aucun n’a besoin d’être nommé pour le comprendre : c’est la structure qui compte, pas l’enseigne.
Le formulaire avant le modèle
Beaucoup de ces sites demandent une adresse électronique, parfois un nom complet ou un numéro de téléphone, avant de laisser voir ou télécharger le modèle promis. Ces coordonnées ne servent pas seulement à transmettre le fichier : elles entrent souvent dans une liste partagée avec des partenaires commerciaux, pour d’autres offres, sans lien avec la lettre demandée au départ.
En France, l’autorité de protection des données personnelles rappelle qu’un formulaire qui transmet des coordonnées à des partenaires doit le dire clairement, nommer la finalité de cette transmission et les catégories de destinataires, et offrir un moyen simple et gratuit de s’y opposer. Ce que la règle impose de dire n’est pas toujours ce que l’écran affiche en premier.
Citation
Je m’oppose à ce que mes coordonnées postales soient transmises aux partenaires.
Voir sans pouvoir garder
Une autre version du même mécanisme laisse lire le modèle gratuitement, mais bloque la copie, l’impression ou le téléchargement derrière un essai gratuit qui se transforme en abonnement payant si personne ne l’annule à temps. L’autorité américaine de protection des consommateurs a documenté ce procédé dans un rapport consacré aux interfaces trompeuses, sous le nom de « dark patterns » : un essai présenté comme gratuit se change en prélèvement récurrent, et le chemin pour l’arrêter est rendu volontairement long ou confus.
La même autorité a aussi poursuivi des sites qui récupéraient, via un formulaire, un accord présenté comme limité à un usage précis, puis revendaient les coordonnées collectées à de nombreux acheteurs différents, pour des appels ou des messages sans rapport avec la demande initiale.
Rien de tout cela ne rend un modèle gratuit malhonnête par principe. Cela signifie seulement qu’un modèle sans prix affiché a, presque toujours, un autre moyen de se financer, et qu’il vaut la peine de savoir lequel avant de remplir le formulaire.
Avant de remplir un formulaire pour obtenir un modèle
- Ce que le formulaire demande, et si chaque champ est vraiment nécessaire pour obtenir le modèle.
- S’il annonce une transmission à des partenaires, et comment s’y opposer.
- S’il propose un essai qui se transformera en abonnement, et à quelle date.
- Si le modèle reste consultable et copiable une fois le formulaire rempli.
Sources
- La prospection vers les particuliers (B to C) CNIL, France : les règles quand un formulaire transmet des données à des partenaires
- Bringing Dark Patterns to Light Federal Trade Commission, États-Unis, rapport de septembre 2022 (PDF)
- California-based lead generator agrees to settlement Federal Trade Commission, États-Unis, janvier 2024 : la revente de coordonnées recueillies derrière un consentement de façade
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